Vendre son fonds ou vendre ses titres
Deux façons de vendre la même entreprise, avec des droits, une fiscalité et un risque très différents. Et surtout : ce n'est pas la même personne qui encaisse.
Les trois façons de vendre, comparées
| Ce que tu vends | Droits d'enregistrement | Qui encaisse le prix | Le passif |
|---|---|---|---|
| Un fonds de commerce | rien jusqu'à 23 000 €, 3 % jusqu'à 200 000 €, 5 % au-delà | la société | reste au vendeur |
| Des parts de SARL ou de SNC | 3 %, après un abattement au prorata | toi, directement | suit la société |
| Des actions de SAS ou de SA | 0,1 % | toi, directement | suit la société |
Deux opérations qui n'ont en commun que le résultat
- Vendre ton fonds, c'est vendre l'activité : la clientèle, l'enseigne, le bail, le matériel. La société, elle, reste à toi, avec l'argent de la vente dedans.
- Vendre tes titres, c'est vendre la société entière. L'acheteur reprend tout, l'actif comme le passif, et le prix te revient directement.
L'asymétrie qui coûte le plus cher
- Quand tu vends le fonds, c'est la société qui encaisse. Pour récupérer cet argent, il faudra encore l'en sortir, en dividendesLa part du bénéfice qu'une société verse à ses associés après avoir payé l'IS. Chez le particulier, ils sont soumis à la flat tax de 31,4 %. ou à la liquidation : un second étage d'impôt.
- Quand tu vends les titres, tu encaisses directement. Un seul étage.
- L'acheteur, lui, préfère souvent le fonds : il n'hérite d'aucun passif caché. C'est le prix qui arbitre entre ces deux intérêts opposés.
Les droits d'enregistrement, payés par l'acheteur
- Ils sont dus par le repreneur, sauf si l'acte en décide autrement.
- Sur un fonds : rien jusqu'à 23 000 €, puis 3 % jusqu'à 200 000 €, et 5 % au-delà.
- Sur des actions de SASSociété par actions simplifiée : grande liberté statutaire, à l'IS, dont le président est assimilé salarié (mieux couvert, mais cotisations plus élevées). ou de SA : 0,1 %, sans plafond. Sur des parts de SARLSociété à responsabilité limitée : forme encadrée par la loi, à l'IS, dont le gérant majoritaire est travailleur non salarié. ou de SNCSociété en nom collectif : société de personnes transparente (imposée à l'IR chez les associés), où chacun répond des dettes de la société sur tout son patrimoine personnel. : 3 %, après un abattementLa part que tu peux transmettre ou gagner sans être imposé. Se recharge souvent tous les 15 ans. calculé au prorata des parts cédées.
- Une société à prépondérance immobilière est taxée à 5 %, quelle que soit sa forme.
Ce que tu paies, toi
- La vente d'un fonds relève des plus-values professionnelles, avec les exonérations propres à ce régime.
- La vente de titres relève des plus-values de cession de valeurs mobilières : flat taxPrélèvement forfaitaire unique sur les placements : 12,8 % d'impôt + prélèvements sociaux. Ces derniers sont à 18,6 % depuis 2026 (soit 31,4 % au total), sauf pour l'assurance-vie, le PEL et le CEL, restés à 17,2 % (soit 30 %)., ou barème sur option.
Le prix ne t'est pas versé tout de suite
- La vente d'un fonds est publiée, et les créanciers du vendeur disposent d'un délai pour s'y opposer. Pendant ce temps, le prix est indisponible.
- Il est conservé par un séquestre, qui règle d'abord les créanciers, dont l'administration fiscale.
⚠️ L'acheteur peut être appelé à payer tes impôts
- L'acquéreur d'un fonds est solidairement tenu de l'impôt du vendeur sur les bénéfices non encore déclarés, dans la limite du prix payé.
- Ce risque dure quatre-vingt-dix jours. Il tombe à trente jours si le vendeur a déposé ses déclarations dans les délais et est à jour de ses paiements.
- Un vendeur négligent allonge donc le risque de son acheteur, qui le lui facturera sur le prix.
Prévenir les salariés : la règle a changé en 2026
- Dans une entreprise dépourvue de comité social et économique, les salariés doivent être informés au plus tard un mois avant la vente, contre deux mois auparavant.
- La sanction est une amende civile plafonnée à 0,5 % du prix de vente, contre 2 % auparavant.
- Ces règles nouvelles valent pour les ventes conclues depuis le 26 juillet 2026.
Le détail des droits
- L'article 719 du Code général des impôts ne fixe que la part de l'État. Les taxes départementale et communale s'y ajoutent pour aboutir aux 3 % et 5 % couramment cités. Le minimum de perception est de 25 €.
- L'article 726 gouverne les titres. L'abattement sur les parts sociales vaut 23 000 € rapportés à la proportion de parts cédées : céder 60 % des parts ouvre donc un abattement de 13 800 €. Il n'existe aucun équivalent sur les actions.
- Dans les zones France ruralités revitalisation, le taux de 2 % de l'État tombe à zéro sur la seule tranche de 23 000 à 107 000 €, sous engagement de maintenir l'exploitation pendant cinq ans.
Deux points que le site ne chiffre pas
- La solidarité de l'acquéreur figure à l'article 1684 du Code général des impôts, et non au Livre des procédures fiscales où on la cherche souvent.
- Le délai de répartition du prix par le séquestre est annoncé en jours par l'administration, quand le Code de commerce raisonne en mois. Le mécanisme est décrit ici, sa durée exacte ne l'est pas.
- Le critère de l'information des salariés n'est plus un seuil d'effectif mais l'existence d'un comité social et économique : une entreprise qui en est dotée relève de la consultation collective, pas de l'information individuelle.
Un exemple concret
Une SARL vaut 300 000 €. Son gérant hésite entre vendre le fonds et vendre ses parts.
- En cédant les parts, droits payés par l'acheteur3 % sur 300 000 € moins l'abattement de 23 000 €
- En cédant le fonds, droits payés par l'acheteur3 % de 23 000 à 200 000 €, puis 5 % au-delà
- Mais surtout, qui encaisseles parts, c'est lui ; le fonds, c'est la société
Les deux mille euros d'écart sont ce qui se voit, et ce qui compte le moins. Le vrai écart est ailleurs : en vendant son fonds, le gérant laisse 300 000 € dans sa société, qu'il devra encore en sortir avec un second impôt à la clé. En vendant ses parts, il encaisse directement. C'est précisément pour cela que l'acheteur, lui, préfère souvent l'inverse.
Fiches liées
Contenu pédagogique et non contractuel : il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une information précontractuelle. Les règles fiscales évoluent à chaque loi de finances.