IR ou IS : les deux mondes fiscaux
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C'est LA question qui commande tout le reste : ton bénéfice est-il imposé chez toi, ou dans la société ? Tout le reste (forme, rémunération, dividendes) en découle.
L'idée clé
À l'IR, tu es imposé sur tout le bénéfice, même l'argent que tu laisses dans l'entreprise. À l'IS, la société paie d'abord, et toi seulement sur ce que tu sors. C'est toute la différence.
IS : taux réduit
15 % jusqu'à 42 500 €
IS : taux normal
25 %
Dividendes ensuite
31,4 %
Le détail chiffré
| Critère | À l'IR | À l'IS |
|---|---|---|
| Qui paie l'impôt | Toi, personnellement | La société elle-même |
| Sur quelle base | Tout le bénéfice, même non retiré | Le bénéfice de la société |
| Taux | Barème progressif (0 à 45 %) | 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % |
| Si tu laisses l'argent dedans | Imposé quand même | Rien de plus à payer |
| Si tu sors des dividendes | Sans objet | 31,4 % en plus |
| Formes concernées par défaut | EI, micro, SNC, SCI, EURL | SAS, SASU, SARL, SA |
Deux logiques opposées
- À l'impôt sur le revenu (IRL'impôt calculé sur l'ensemble de tes revenus annuels, par tranches progressives. Il est prélevé à la source depuis 2019.), la société est « transparente » : elle ne paie pas d'impôt elle-même. Son bénéfice remonte directement dans ta déclaration personnelle et s'ajoute à tes autres revenus, au barème progressifLe calcul de l'IR par tranches : chaque tranche de revenu a son propre taux..
- À l'impôt sur les sociétés (ISL'impôt payé par la société elle-même sur son bénéfice : 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %. À distinguer de l'IR, où le bénéfice est imposé chez le dirigeant.), la société est un contribuable à part entière : elle paie son propre impôt sur son bénéfice. Toi, tu n'es imposé que sur ce que tu en sors : salaire ou dividendesLa part du bénéfice qu'une société verse à ses associés après avoir payé l'IS. Chez le particulier, ils sont soumis à la flat tax de 31,4 %..
Le piège de l'IR : imposé même sur ce que tu ne touches pas
- C'est le point que découvrent beaucoup d'entrepreneurs : à l'IR, tu es imposé sur la totalité du bénéfice, même si tu laisses l'argent sur le compte de l'entreprise pour investir l'an prochain.
- Autrement dit, tu peux devoir payer un impôt sur de l'argent que tu n'as jamais mis dans ta poche.
L'IS : deux couches, mais tu choisis le moment
- La société paie d'abord : 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà. Le taux réduit suppose un chiffre d'affaires d'au maximum 10 millions d'euros, un capital entièrement libéré (c'est-à-dire réellement versé par les associés, pas seulement promis), et 75 % au moins détenus par des personnes physiques sans interruption pendant tout l'exercice.
- ⚠️ Ces trois conditions vont ensemble : s'il en manque une seule, tout le bénéfice est taxé à 25 % dès le premier euro. Il n'y a ni lissage ni décoteUn allègement automatique qui réduit, voire annule, l'impôt des foyers modestes.. L'écart reste toutefois plafonné à 4 250 € d'impôt par an.
- ⚠️ Et si ta société appartient à un groupe, le chiffre d'affaires s'apprécie sur l'ensemble du groupe, qu'il soit fiscalement intégré ou non (Conseil d'État, 13 mars 2025). Une filiale à 2 M€ dans un groupe qui en réalise 15 M€ n'y a pas droit.
- Puis, si tu te verses des dividendes, ils subissent la flat taxPrélèvement forfaitaire unique sur les placements : 12,8 % d'impôt + prélèvements sociaux. Ces derniers sont à 18,6 % depuis 2026 (soit 31,4 % au total), sauf pour l'assurance-vie, le PEL et le CEL, restés à 17,2 % (soit 30 %). de 31,4 %. Mais tant que tu laisses l'argent dans la société, il n'y a rien de plus à payer : c'est toi qui choisis quand déclencher la seconde couche.
Qui relève de quoi, par défaut ?
- Sont à l'IR par défaut : l'entreprise individuelle, la micro-entrepriseUn régime simplifié pour les indépendants : un abattement forfaitaire remplace la déduction des charges réelles., la SNCSociété en nom collectif : société de personnes transparente (imposée à l'IR chez les associés), où chacun répond des dettes de la société sur tout son patrimoine personnel., la SCISociété civile immobilière : détenir un bien à plusieurs ; par défaut, les associés sont imposés au prorata de leurs parts. classique et l'EURLEntreprise unipersonnelle à responsabilité limitée : une SARL à associé unique, à l'IR par défaut, dont le gérant est travailleur non salarié. dont l'associé unique est une personne physique.
- Sont à l'IS par défaut : la SASSociété par actions simplifiée : grande liberté statutaire, à l'IS, dont le président est assimilé salarié (mieux couvert, mais cotisations plus élevées)., la SASUSociété par actions simplifiée unipersonnelle : une SAS à associé unique, à l'IS, dont le président est assimilé salarié., la SARLSociété à responsabilité limitée : forme encadrée par la loi, à l'IS, dont le gérant majoritaire est travailleur non salarié., la SA et la SCASociété en commandite par actions : capital en actions, soumise à l'IS ; des commandités qui dirigent (responsables sur tout leur patrimoine) et des commanditaires actionnaires (responsables de leur seul apport)..
- Cas hybride : la société en commanditeSociété à deux types d'associés : les commandités, qui dirigent et sont responsables sur tout leur patrimoine, et les commanditaires, apporteurs de capitaux qui ne risquent que leur mise (SCS ou SCA). simple (SCSSociété en commandite simple : la commandite sous forme de parts sociales, au régime hybride : IR pour les commandités, IS pour la part des commanditaires.) mêle les deux : IR pour les commandités, IS pour la part des commanditaires.
- Des options existent dans les deux sens, mais attention, elles sont souvent encadrées, parfois irrévocables. On ne change pas de monde à la légère.
Comment trancher, en une phrase
- Si tu consommes tout ton bénéfice pour vivre et que ta tranche d'imposition est basse, l'IR est souvent plus simple et moins coûteux.
- Si tu réinvestis une partie de tes bénéfices, ou si ta tranche est élevée, l'IS devient généralement plus intéressant : il te permet de « garder » l'argent dans l'entreprise à 15 ou 25 % seulement.
- C'est une décision structurante : fais-la valider par un expert-comptable avant de t'engager.
Les textes qui commandent
- L'article 206 du Code général des impôts définit qui relève de l'impôt sur les sociétés ; l'article 219 en fixe le taux, et son I-b le taux réduit.
- Le taux réduit de 15 % suppose trois conditions cumulatives : un chiffre d'affaires hors taxes d'au plus 10 millions d'euros, un capital entièrement libéré, et 75 % au moins de ce capital détenu de manière continue par des personnes physiques, ou par une société elle-même détenue à 75 % par des personnes physiques.
- La décision du Conseil d'État du 13 mars 2025 (n° 481538) précise que le chiffre d'affaires s'apprécie au niveau du groupe, et non société par société.
Les options, et leur durée
- Une société de personnes peut opter pour l'impôt sur les sociétés. Cette option n'est plus définitive : elle peut être révoquée jusqu'au cinquième exercice suivant celui de son ouverture.
- À l'inverse, une société de capitaux peut opter pour l'impôt sur le revenu, mais pour cinq exercices au maximum. La SARL de famille fait exception : son option n'a pas de durée limite.
- Passé le délai de révocation, le choix devient irrévocable. C'est la raison pour laquelle il se décide au départ, pas en cours de route.
Un exemple concret
Une entreprise dégage 60 000 € de bénéfice. Son dirigeant en consomme 30 000 € et souhaite laisser le reste pour investir.
- À l'IRles 60 000 € entiers s'ajoutent à ses revenus imposables, y compris les 30 000 € laissés dans l'entreprise
- À l'ISla société paie 15 % sur 42 500 € et 25 % sur le reste, soit environ 10 750 €
- Puis, seulement s'il sort des dividendes31,4 % sur les sommes effectivement retirées
Base imposée à l'IR
60 000 €
Impôt de la société à l'IS
≈ 10 750 €
L'écart réel dépend entièrement de ta tranche d'imposition et de ce que tu retires. C'est justement pour ça qu'il faut simuler ta situation plutôt que suivre une règle générale.
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Contenu pédagogique et non contractuel : il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une information précontractuelle. Les règles fiscales évoluent à chaque loi de finances.